‘Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’

Titre original : Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil
Pays : France
Réalisateur : Jean Yanne
Année de sortie : 1972
Genre : Comédie
Type : Long-métrage


Résumé

Journaliste à Radio Plus, Christian Gerber (Jean Yanne) est licencié à la demande du président de la station, Louis-Marcel Thulle (Bernard Blier) pour provocations à l’antenne et contestation de la programmation et de la ligne éditoriale. Après l’éviction du directeur des programmes lui-même (Jacques François), Gerber réintègre Radio Plus, alors à la recherche d’un nouveau souffle. Thulle le promeut et lui laisse carte blanche. Gerber impose un ton franc et direct qui finit par déplaire.

L’avis de Ciné’xagone ()

Complètement imprégné de l’atmosphère des seventies, le film de Jean Yanne souhaitait souligner l’hypocrisie sinon les tromperies délibérément entretenues par les médias, railler les effets de mode et le conformisme. Il s’attaque aussi à ce qui reste aujourd’hui encore la zone noire du système médiatique français : le financement des organes d’informations et les contraintes éditoriales qui en découlent. Quarante-cinq ans après sa réalisation, la réalité dénoncée est encore la nôtre.

L’instrumentalisation de la religion est l’autre thème central du film. La station fictive Radio Plus utilise le personnage de Jésus dans un but purement promotionnel, ce qui fournit d’ailleurs abondamment le scénario en éléments comiques (publicités détournées, chansons « religieuses » décalées, campagne d’affichage psychédélico-chrétienne…) Le « héros » Gerber, nouveau messie du journalisme-vérité, devient même une allégorie du Christ, comme l’indique ses combats libérateurs, la parodie de la Cène un peu trop appuyée et la présence d’un Judas (le collègue Jolin – Michel Serrault).

En définitive, Jean Yanne a voulu dire beaucoup de choses sur son époque et sur le rapport des journalistes à la vérité. C’est l’une des faiblesses du film : partir dans toutes les directions et osciller sans cesse entre satire ambitieuse et comédie populaire (avec son lot de grotesque : cf. scène de l’attentat et running gag des tests de produits alimentaires à l’intérieur des studios par Daniel Prévost).

La seconde faiblesse de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil est de dépeindre des personnages dans l’ensemble assez ternes, caricaturaux dans leur ridicule. Exception faite éventuellement de Mme. Thulle (Marina Vlady) – riche épouse d’industriel, mais amatrice d’art, d’irrévérence et lectrice de l’hebdo sartrien La cause du peuple – que l’on peut sans peine identifier comme précurseur de la bourgeoise-bohème du XXIe siècle. Christian Gerber lui-même reste insaisissable. Son tropisme pour l’honnêteté est certain : il brocarde le travail de ses confrères qui montent des reportages-bidons, refuse la diffusion de publicité pour des produits de mauvaise qualité, interrompt l’hommage consensuel à un ministre décédé… Son parti-pris est pourtant ambigu : il semble à son tour instrumentaliser la lutte politique par la récupération pleine de dérision du guévarisme et sait pertinemment que ses excès d’audace vont entraîner sa chute (même les syndicats ouvriers se plaignent du dénigrement des produits manufacturés par Radio Plus). De même, après son premier licenciement, il se remet en selle en se livrant à son tour à une récupération du thème christique avec un spectacle au théâtre (clin d’oeil à Jesus Christ Superstar). Le cynisme serait-il la seule valeur universellement partagée ? C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

R.V.H.

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