‘La Loi du Silence’

Titre original : I Confess
Pays : États-Unis
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Année de sortie : 1953
Genre : Policier
Type : Long-métrage


Résumé

Québec, quelques années après la guerre. Un jeune prêtre, Michael Logan (Montgomery Clift), reçoit la confession du jardinier Keller. Celui-ci lui avoue le meurtre de l’avocat Villette commis quelques instants plus tôt. Le commissaire Larrue (Karl Malden), chargé de l’enquête, soupçonne rapidement Logan du meurtre de Villette car, pour masquer son crime, Keller avait revêtu une soutane. La conviction de la police est confortée par la déposition de Mme Ruth Grandford (Anne Baxter). Amie de Logan, qu’elle aime depuis l’avant-guerre, Ruth avoue que maître Villette la faisait chanter en menaçant de révéler sa relation prétendument adultérine avec Logan. Lié par le secret de la confession, le père Logan ne parvient à se défendre bien qu’il connaisse le véritable coupable.

L’avis de Ciné’xagone ()

La Loi du Silence ne figure pas parmi les œuvres les plus connues d’Alfred Hitchcock et sa réception mitigée s’explique peut-être en partie par le casting. Ni l’immense Montgomery Clift ni Anne Baxter n’impriment leur marque sur ce film grave et somme toute très bien scénarisé. Prisonnier de son personnage de prêtre accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis, Clift, dans l’ensemble peu expressif, livre une prestation en demi-teinte. Quant à sa partenaire à l’écran, Anne Baxter, elle incarne une femme aussi maladroite (sa déclaration accule encore un peu plus Logan, malgré elle) que passionnée, mais quoi qu’il en soit dépourvue de cet aura érotique qui fut la caractéristique des fameuses blondes hitchcockiennes. Les plus solides prestations sont à rechercher chez les seconds rôles, à l’instar de Karl Malden, l’opiniâtre inspecteur Larrue, et surtout du couple Keller (Otto E. Hasse et Dolly Haas) dont l’évolution des personnages au fil du récit contribue de façon déterminante à la construction du suspense. Le meurtrier Keller pouvait passer initialement pour un pauvre homme parti à la faute, puis se révèle peu à peu manipulateur, d’un cynisme profond et capable de récidive. Son épouse Alma, complice malgré elle, supporte le poids de la culpabilité dont il se déleste au point d’être visiblement rongée par le remord et la conviction qu’elle peut changer le cours des choses pour éviter la condamnation du Père Logan…

Ce film qui interroge la force des sentiments religieux, le rapport à la vérité et la force sacrificielle des hommes de Dieu en dit beaucoup sur le cinéma d’Alfred Hitchcock. Non pas tant sur le génie formel du réalisateur – même si la photographie tout en contraste est sublime, la mise en scène n’atteint pas ici le brio d’œuvres postérieures comme Sueurs Froides, Psychoses ou Fenêtre sur Cour – que sur la nature des angoisses qui nourrissent ses films. L’isolement du personnage du Père Logan, sans défense parce qu’intègre et victime parce qu’irréprochable, est le prototype-absolu de l’innocent pris dans la spirale d’un crime étranger. Hitchcock a su décliner le thème à loisir (Jeune et Innocent, Le Faux Coupable, La Mort aux Trousses…) mais le cadre de la confession religieuse lui offre une dimension intellectuelle supplémentaire.

On pourrait enfin reprocher à La Loi du Silence quelques longueurs (avec une curieuse propension au bavardage) mais la mécanique implacable, lancée dès les premières secondes du film, fonctionne à merveille jusqu’au rebondissement ultime.

R.V.H.

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