‘Tess’

Titre original : Tess
Pays : France, Royaume-Uni
Réalisateur : Roman Polanski
Année de sortie : 1979
Genre : Drame
Type : Long-métrage


Résumé

Lorsque John Durbeyfield (John Collin) apprend qu’il descend de la grande famille d’Urberville, il entrevoit enfin la possibilité de sortir sa famille de la misère. Sa fille aînée Tess (Natassja Kinski) est immédiatement envoyée quérir du soutien auprès d’une branche cousine et fortunée des d’Urberville. Le jeune Alec, qui la reçoit, accepte de la prendre à son service. Attiré par la grande beauté de Tess, il lui fait une cour assidue malgré la résistance de celle-ci. Alec finit par abuser d’elle. Tess quitte le manoir des cousins d’Urberville mais elle met au monde un enfant, qu’elle perdra très vite et qui ne pourra bénéficier d’un enterrement chrétien. Tess accepte son infortune et reprend sa vie de paysanne. Dans la ferme laitière où elle a retrouvé du travail, elle fait la rencontre d’Angel Clare (Peter Firth) : un véritable amour naît entre eux.

L’avis de Ciné’xagone ()

De la riche carrière de Roman Polanski, l’on retient volontiers l’élégance burlesque du Bal des Vampires, les bizarreries de Rosemary’s Baby ou la noirceur de La Jeune Fille et la Mort. Si Tess n’est pas l’œuvre la plus populaire du cinéaste franco-polonais, c’est lui faire justice que d’en rappeler aujourd’hui l’éblouissante qualité. Les moyens colossaux engagés pour sa réalisation et le soin manique apporté à sa conception en font un chef d’œuvre du cinéma, une fresque de deux heures et quarante-cinq minutes brillante qui doit tout autant au roman de Thomas Hardy dont elle l’adaptation qu’au génie de son metteur en scène.

La distribution, dépourvue de têtes d’affiche, a permis de révéler le talent et la plastique de Natassja Kinski (dix-huit ans) dans son premier rôle principal. Elle incarne une jeune amante fataliste, que finissent par égarer tant sa droiture que l’acharnement du malheur. Son indolence n’est qu’apparente : esprit fort, Tess n’a pas l’ambition de son père mais elle conjugue la simplicité paysanne et la vertu de ses prestigieux ascendants. Le film dépeint subtilement une époque de mutations profondes, au tournant du XXe siècle : l’économie traditionnelle s’ouvre à l’industrialisation (machines agricoles, chemin de fer) ; les mœurs évoluent mais le puritanisme est résilient ; la noblesse, quand elle ne s’effondre pas, perd le respect qu’elle inspirait (cf. les opinions d’Angel Clare qui desservent Tess). Sans romantisme exacerbé ni artifices, Polanski parvient à exprimer dans ce cadre historique la passion amoureuse vive mais gâchée entre Tess et Angel. Difficile de ne pas voir à travers la franchise qui s’en dégage les tourments personnels du réalisateur, hanté par le souvenir de Sharon Tate – le film lui est dédié ; c’est elle qui l’avait incité à adapter l’œuvre de Thomas Hardy – et déjà empêtré dans la sordide affaire de viol sur mineure commis aux États-Unis.

Du point de vue formel, Tess est une œuvre parfaitement maîtrisée. Les paysages sublimes (tournage en Normandie), la qualité des décors (villages, châteaux ruraux, fermes) et costumes, les contrastes photographiques et l’inspiration de Philippe Sarde, compositeur de la bande-originale, permettent à Polanski d’offrir quelques-unes de ses plus belles scènes : le bal champêtre en ouverture, la moisson nocturne, l’aurore à Stonehenge et même le viol de Tess par Alec, à mettre en regard des ébats amoureux entre Angel et Tess à la fin du film.

R.V.H.

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