‘Le Boucher’

Titre original : Le Boucher
Pays : France
Réalisateur : Claude Chabrol
Année de sortie : 1970
Genre : Drame
Type : Long-métrage


Résumé

Dans un petit village de la Dordogne, Popaul le boucher (Jean Yanne) se livre à une cour assidue auprès de la jeune institutrice, Mlle Hélène (Stéphane Audran). Le meurtre d’une femme commis dans le voisinage trouble le quotidien paisible de la bourgade. Les enquêteurs ne trouvent aucune piste à explorer et craignent l’œuvre d’un maniaque.

L’avis de Ciné’xagone ()

Le Boucher est bien moins un thriller que le récit d’une amourette tragique. Les meurtres commis dans la région, de menace vague à l’horizon deviennent un élément perturbateur du rapport entre Hélène et Paul, dès lors que la première découvre sur les lieux d’un assassinat le briquet du second. La scène finale dans la voiture de l’institutrice puis à l’hôpital confirme que, par-delà les velléités policières de Chabrol, le cœur du sujet est bien l’impossible liaison sentimentale entre les deux protagonistes. Sans pour autant parler d’un film psychologique, le scénario ouvre la porte à l’explication comportementale par le vécu des personnages. Hélène, célibataire par intention, a connu une violente déception amoureuse qui la retient de répondre directement aux avances de Paul. Ce dernier est pour sa part troublé émotionnellement par deux images : le souvenir macabre de la guerre (il fut militaire quinze ans) et le visage de l’institutrice qui le fascine. La conjugaison brusque de ces deux obsessions en apparence anodines expliquerait le passage à l’acte de Paul : le premier crime intervient après la rencontre avec Hélène, lors de la scène d’ouverture du mariage.

Mais ce qui fait la réussite du Boucher, parfois considéré comme le meilleur film de Claude Chabrol, c’est l’introduction dosée d’éléments d’effroi dans des scènes chaleureuses de la vie quotidienne (mariage, fête, sorties scolaires, activités commerçantes…). Que ce soit en surface de l’action, grâce à la bande-originale dissonante de Pierre Jansen, par le choc direct des images (les gouttes de sang sur la tartine de beurre de l’écolière, lors de la découverte du deuxième crime) ou par l’anxiété croissante éprouvée par Mlle Hélène face aux doutes qui l’assaillent quant à la culpabilité de Paul, Chabrol joue avec les émotions du spectateur en gourmet qu’il était : avec tact, retenue et bon goût. Par ses choix de mise en scène, il privilégie la précision à la grandiloquence. C’est le cadrage seul qui, en toute discrétion, insinue l’attraction imparfaitement réciproque de Paul pour Hélène lors du mariage de Léon ; c’est lui encore qui génère la peur lorsque, la nuit du dernier crime, Hélène se cloître dans l’école et que Paul, précédé par sa voix, surgit devant elle.

Quelques imperfections scénaristiques, que l’on peut dûment reprocher au Boucher, en altèrent la qualité intrinsèque mais ne sont pas sans en renforcer le charme simple et presque désuet. Il est patent que l’ingérence de Paul dans la vie d’Hélène et même dans les activités de sa classe manque de réalisme, que l’interprétation retenue pour certains passages laisse perplexe. Ainsi en est-il de la réaction sans naturel des enfants et même d’Hélène lors du meurtre de la jeune épouse de Léon, pourtant la scène majeure de l’œuvre.

R.V.H.

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