‘Le Corbeau’

Titre original : Le Corbeau
Pays : France
Réalisateur : Henri-Georges Clouzot
Année de sortie : 1943
Genre : Policier
Type : Long-métrage


Résumé

Dans la petite sous-préfecture de Saint-Robin, la vie tranquille des habitants est brusquement troublée par l’envoi de lettres anonymes en série, simplement signées ‘‘Le Corbeau’’. La principale victime du mystérieux délateur est le docteur Germain (Pierre Fresnay), que les missives accusent de pratiquer des avortements et d’entretenir des liaisons avec la sœur du directeur de l’école, Denise (Ginette Leclerc), et avec Laura, l’épouse du psychiatre Vorzet (Micheline Francey, Pierre Larquey). La suspicion mutuelle se propage dans la ville et les événements finissent par prendre une tournure tragique.

L’avis de Ciné’xagone ()

La dénonciation est le cœur du sujet du Corbeau, tourné et sorti en salles sous l’Occupation… Le film s’inspire très librement d’un fait divers qui avait défrayé la chronique vingt ans auparavant (l’affaire du « Corbeau » de Tulle). La duplicité des personnages dépeints par Henri-Georges Clouzot a été perçue, à tort ou à raison, comme une allégorie de la période et valurent au cinéaste une condamnation sévère à la Libération : l’interdiction à vie d’exercer sa profession (sentence levée fort heureusement dès 1947). Si l’on évacue la dimension polémique – et aujourd’hui obsolète – de l’œuvre, par ailleurs produite par une société allemande (Continental Films), ce troisième long-métrage de Clouzot est un coup de maître.

Parfaitement construit, le récit met aux prises initialement des individus en apparence sans histoire, austères sinon ternes. Le contenu des lettres anonymes va dévoiler des parcelles de vérité sur chacun d’entre eux, et révéler leur culpabilité morale. Le face-à-face entre Pierre Frenay et Pierre Larquey (sous les oscillations de l’ampoule électrique, ombre/clarté) résume par la symbolique le message qu’entend faire passer Clouzot. Ni l’innocence ni la culpabilité n’est jamais totale. Chaque homme, chaque femme de la petite ville recèle sa part d’inavouable (jalousie mortelle, addiction, luxure, manipulation, frustration…) Le calme apparent qui se dégage de l’attitude des personnages et leurs conversations pleines de sous-entendus ne trompent pas : la tension est extrême car la moindre réplique, le moindre geste a trait à l’intrigue. Clouzot ne s’autorise aucun aparté. De l’ouverture du portail au terme du travelling introductif jusqu’à celle de la fenêtre d’où apparaît l’image de la vérité et de la vengeance (dernières secondes), le spectateur est confiné dans un univers dont chaque objet se rattache à l’affaire du corbeau.

Comme il fallait s’y attendre, les présomptions portent tour à tour sur les principaux personnages, avant que la culpabilité ne s’abatte définitivement, après moults rebondissements, sur celui auquel personne ne songeait sérieusement. Conclusion académique peut-être mais preuve établie de la réussite de ce tour de passe-passe diablement efficace, à la hauteur d’un autre chef d’œuvre de Clouzot, présenté au public quelques mois plus tôt : L’Assassin habite au 21 (1942).

Le Corbeau est en définitive remarquable pour sa pureté narrative, pour la profondeur des personnages et leurs ambiguïtés relationnelles, mais aussi pour l’impression produite sur le public, lequel comprend sans peine qu’au-delà de son caractère divertissant, l’œuvre en dit beaucoup sur l’humanité elle-même.

R.V.H.

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