‘La Soupe Aux Choux’

Titre original : La Soupe Aux Choux
Pays : France
Réalisateur : Jean Girault
Année de sortie : 1981
Genre : Comédie
Type : Long-métrage


Résumé

Deux paysans du Bourbonnais, le vieux Glaude, ancien sabotier (Louis de Funès), et son voisin le Bombé, jadis puisatier (Jean Carmet), attendent paisiblement la mort autour de leurs chopines. Un soir, ils attirent bien involontairement par leurs flatulences un extraterrestre (Jacques Villeret), tout droit venu de la planète Oxo. Celui qui sera bientôt surnommé la Denrée se lie d’amitié avec le Glaude et, en guise de présent, lui ressuscite feue sa femme la Francine (Christine Dejoux). L’initiative n’est pas tout-à fait-du goût du Glaude, que l’attitude de son épouse revenue à la vie tourmente et déçoit.

L’avis de Ciné’xagone ()

Certes, Jean Girault n’a pas été le cinéaste français du siècle passé. Certes, l’adaptation du roman de l’excellent René Fallet par Jean Halain et Louis de Funès n’est pas exempte de tout reproche. Certes, les décors et effets spéciaux nécessaires à l’histoire ont pâti de la modestie du budget de production. Certes, enfin, le film accumule incohérences et manque patent de réalisme (un exemple parmi mille autres : le Bombé « joue » une valse à l’accordéon sans pianoter…). Mais trente-cinq années de recul et une vraie ferveur populaire générée par les nombreuses rediffusions télévisuelles plaident davantage en faveur du film que les trop sévères critiques reçues à sa sortie. Il n’est pas jusqu’à la bande-originale mémorable de Raymond Lefebvre qui ne soit devenue l’objet d’un véritable culte !

La « Soupe Aux Navets » comme on l’a parfois surnommée, est parvenue à sauvegarder quelque chose d’essentiel de l’atmosphère délicate du roman de Fallet. Toute lecture au premier degré est à proscrire pour apprécier un tant soit peu ce conte tramé à la croisée du monde ancestral, paysan, et de l’ère moderne laide et tourmentée. Il n’y a pas à chercher d’allégorie subtile dans les tribulations des personnages de La Soupe Aux Choux ; il faut en revanche savoir goûter la poésie qui s’échappe du quotidien simple des deux « fossiles de la plus belle eau, pauvres ch’tites créatures » que sont le Glaude et le Bombé, survivants décatis de la France des campagnes. Le rire y est forcément amer : on se gausse de la déchéance humaine, de la mort qui rôde, de la piquette pour seule compagne, de la candeur des gens de rien et de la bêtise des gens sérieux (le maire obsédé par « l’expansion économique ! »). Le film colporte sa petite morale générationnelle : la Francine, épouse du Glaude, ressuscite à vingt ans et s’offre ainsi une deuxième vie qu’elle pense être joyeuse, citadine et sans entrave. Elle s’apprête pourtant à comprendre qu’elle n’était pas moins libre comme épouse d’un modeste sabotier rural.

La gaudriole, les concours de pets rabelaisiens, les petites mesquineries entre voisins isolés et la délirante visite de l’extraterrestre à l’habit jaune n’empêchent pas une authentique tendresse de percer . Alors même qu’ils sont en voie de disparition, les plaisirs humbles des terriens (à prendre dans les deux sens du terme, habitants de la Terre et habitants des terres) troublent la rigueur froide qui gouverne la planète Oxo et y insinuent le joie…

Derrière les grimaces d’un De Funès affaibli – mais plutôt bon dans un rôle très personnel – les glouglous de Villeret et le patois inarticulé de Carmet, joue en sourdine une petite musique : celle d’un monde qui meurt, le sait, et s’y résigne. D’aucuns n’y verront qu’absurdité et grossièreté. Tant pis pour eux.

R.V.H.

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