‘Marie-Octobre’

Titre original : Marie-Octobre
Pays : France
Réalisateur : Julien Duvivier
Année de sortie : 1959
Genre : Drame
Type : Long-métrage


Résumé

Quinze ans après l’assaut meurtrier d’une troupe SS contre un groupe de résistants, les survivants se réunissent pour une soirée chez Marie-Hélène dite « Marie-Octobre » (Danielle Darrieux). L’invitation lancée par la jeune femme et son ami intime François (Paul Meurisse) prend les apparences d’un simple dîner de retrouvailles. Marie-Octobre et François entendent pourtant en faire un moment de vérité : ils cherchent à découvrir lequel de leurs compagnons (Bernard Blier, Noël Roquevert, Robert Dalban, Serge Reggiani, Paul Frankeur, Lino Ventura, Daniel Ivernel, Paul Gueurs) a dénoncé le réseau aux Allemands en 1944.

L’avis de Ciné’xagone ()

La distribution prestigieuse, le talent de Julien Duvivier et l’originalité du roman de Jacques Robert dont est tiré Marie-Octobre annonçaient un bon film. On ne ressort pas vraiment déçu de cette confrontation crépusculaire, une vraie pièce de cinéma dans un décor de théâtre. La progression du récit, parfaitement linéaire, ne laisse guère de place à l’originalité. Les soupçons de trahison portent tour à tour sur chacun des personnages jusqu’à ce qu’éclate la vérité, conformément aux règles classiques du whodunit. La personnalité de chacun des suspects est suffisamment bien exposée – et incarnée par de grandes gueules du cinéma français – pour dégager des contrastes significatifs. Danielle Darrieux resplendit au milieu de ses excellents partenaires dont il est pourtant regrettable qu’aucun d’entre eux ne soit utilisé à contre-emploi. Meurisse fait du Meurisse, Ventura du Ventura, Blier du Blier, et cætera.

Pour contrebalancer l’unité de temps et de lieu qui caractérise cette histoire intégralement située dans la demeure bourgeoise de Marie-Octobre, à l’exception de la séquence d’ouverture, Julien Duvivier soigne son œuvre sur la forme. La mobilité de la caméra, la précision du cadrage, l’alternance des angles de vue sont eux-mêmes créateurs d’interactions entre les onze personnages (aux dix membres du réseau s’ajoute la vieille domestique Honorine, jouée par Jeanne Fusier-Gir). Le choix du cinéaste de ne recourir qu’avec parcimonie à la musique souligne encore sa volonté de réalisme. Trop tapageuse, la bande-originale de Jean Yatove n’apporte aucun agrément à un récit charpenté de dialogues percutants ; elle n’est utilisée qu’en générique et en accentuation un peu vaine d’une ou deux scènes d’action.

La gravité explicite de l’enjeu (le judas, une fois démasqué, devra se donner la mort) maintient jusqu’au dénouement un seuil minimal de tension… Curieusement, l’angoisse qui devrait aller crescendo n’est réellement invasive qu’à l’instant où le masque du coupable tombe.

Avec ses 2 600 000 entrées lors de son exploitation en salle, Marie-Octobre a connu un succès public tempéré et un accueil critique qui ne l’était pas moins. Une forme d’injustice pour une œuvre réussie, sombre et élégante, à laquelle il aura manqué un peu de verve.

R.V.H.

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