‘Mauvais Sang’

Titre original : Mauvais Sang
Pays : France
Réalisateur : Leos Carax
Année de sortie : 1986
Genre : Drame
Type : Long-métrage


Résumé

À la mort de son père, écrasé par une rame de métro, Alex (Denis Lavant) est contacté par Marc et Hans (Michel Piccolo, Hans Meyer), petits truands en affaires avec le défunt. Pour solder leur dette auprès d’une « Américaine », à la tête d’un réseau mafieux, ils sollicitent la dextérité hors du commun d’Alex. Celui-ci est missionné pour dérober dans un laboratoire le vaccin contre une maladie du sang, le STBO, nouveau fléau mondial qui se diffuse à la faveur de relations sexuelles sans amour.

L’avis de Ciné’xagone ()

Assurément, Leos Carax est un briseur de règles. Mais s’il se plait dans ce deuxième long-métrage (après Boys Met Girls, 1984) à déconstruire les usages narratifs, c’est pour mieux les réinventer. Imaginatif, ce créateur de formes nouvelles propose une œuvre totalement atypique, déstabilisante mais malgré tout résolument cohérente. La moindre image de Mauvais Sang est chargée de signification. La recherche poussée de l’effet produit se place au service d’une histoire elle-même hautement métaphorique, à l’heure où le monde ouvrait les yeux sur le virus du Sida. La mise en scène repose sur un paradoxe certainement plus saillant avec le recul : l’usage profondément réfléchi des procédés employés (gros plans et inserts abondants, discordance son/image, ombres projetées, flous ciblés) va de pair avec un simili-amateurisme de surface. L’artificialité des décors (tournage en studio pour produire délibérément cet effet) et le jeu d’acteur affecté, évoquant les séries policières américaines, donnent au film un aspect kitch déroutant, très marqué par son époque.

La minceur du scénario laisse la voie libre à l’expérimentation artistique de Carax comme aux interprétations. La rage animale de Denis Lavant foudroie dans la fabuleuse scène de rue, où il extériorise angoisse et fureur, filmé en travelling latéral sur fond de Modern Love de Bowie. Le jeune acteur se révèle de manière générale impressionnant de gravité et de maturité dans la peau de cet Alex, un écorché sentimental partagé entre un amour qui s’achève (avec Julie Delpy, alias Lise) et un autre qui ne commencera jamais (attraction non réciproque pour Anna, incarnée par Juliette Binoche).

Le déroulement continu du récit défend de parler de Mauvais Sang comme d’un puzzle. Mais le travail d’orfèvre opéré sur chacun des plans, la symbolique attachée à chaque scène en font davantage un film composite, une mosaïque dont la vision d’ensemble s’avère moins fascinante que ne l’est chacune de ses subdivisions prise isolément. C’est là son plus grand défaut.

R.V.H.

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