‘Le Dictateur’

Titre original : The Great Dictator
Pays : États-Unis
Réalisateur : Charles Chaplin
Année de sortie : 1941
Genre : Comédie dramatique
Type : Long-métrage


Résumé

Un barbier juif de Tomainie (Charles Chaplin), mobilisé pendant la Première guerre mondiale, devient amnésique à la suite d’un accident d’avion de chasse. Vingt ans plus tard, il sort enfin de l’hôpital pour rejoindre son quartier et retrouver sa boutique. Il ignore qu’entretemps, un tyran du nom d’Adenoïd Hynkel (Charles Chaplin) a pris le pouvoir et engagé une politique de répression à l’égard de la communauté juive. Dans le ghetto, le barbier tombe sous le charme de sa voisine Hannah (Paulette Goddard), qui l’aide à faire face à la milice.

L’avis de Ciné’xagone ()

Quelques cinéastes américains et européens avaient dénoncé, avant 1939, le danger que représentait Hitler pour la paix mondiale. Mais Charlie Chaplin fut le premier à prendre ouvertement position contre la politique antisémite du Führer de l’Allemagne et les exactions qu’elle engendrait, dans l’indifférence quasi-générale. Depuis les États-Unis, Chaplin peut se mettre au travail sans crainte pour livrer cette caricature féroce du nazisme. Mais il va bien au-delà en adressant un message sincère et inquiet aux peuples libres.

À sa sortie, Le Dictateur est accueilli avec enthousiasme par le public… Les critiques demeurent, en revanche, circonspectes sur le message politique délivré par le cinéaste alors que se pose la question de l’entrée en guerre des États-Unis, laquelle ne sera décidée que quelques mois plus tard. Le célèbre discours du barbier juif (sosie d’Hynkel) qui clôt magistralement le film est un vibrant appel à la paix, à l’union des hommes, à la démocratie et à la liberté. S’il rompt effectivement l’atmosphère burlesque dans laquelle baignait le récit jusque alors, sa force réside précisément dans ce basculement fonctionnel : Chaplin s’adresse aux spectateurs et, à travers eux, à l’opinion publique internationale, effaçant son personnage pour devenir tribun direct. La pertinence des propos, le courage de leur auteur et l’espoir prophétique qu’ils recèlent confèrent au Dictateur une dimension axiologique qui en fait un modèle de film engagé et populaire, fidèle à l’esprit « Charlot » et aussi fin dans la critique d’une époque, celle des fascismes, que ne l’étaient Les Temps Modernes au sujet du taylorisme.

Chaplin réussit donc à placer ce qu’il fallait de dramatisation dans un film extrêmement drôle, qui combine les gags classiques du personnage du vagabond Charlot (ici transformé en barbier distrait) avec la ridiculisation du personnage d’Hitler, de son administration et de l’appareil totalitaire. Il faut noter, dans les premiers « tableaux », la propension naturelle de Chaplin à se réfugier derrière les codes du muet pour délivrer sa charge humoristique. Est-ce la traduction d’une réticence pour le cinéma parlant ? La suite de sa carrière tendrait à le démontrer. Mais Le Dictateur dément en partie cette analyse commune, Chaplin tirant également profit de ce que lui offrent bande-son et dialogues pour mener au rire (cf. les discours furieux d’Hynkel, le défilé militaire, la dictée de la lettre à la secrétaire). Si les séquences de la guerre (début du film) puis du ghetto abondent en drôleries et se révèlent même émouvantes, on leur préférera les scènes de « palais », dont la merveilleuse danse du dictateur avec le globe terrestre et la savoureuse confrontation entre Hynkel et Napoli (Jack Oakie), avatar loufoque de Mussolini.

Il est difficile, et franchement vain, de vouloir hiérarchiser les œuvres de Charlie Chaplin. Mais Le Dictateur compte sans nul doute parmi les plus grandes, aussi poignante que ne le fut La Ruée vers l’or, pourtant considérée par certains critiques comme le sommet de son art.

R.V.H.

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