‘Le Train Sifflera Trois Fois’

Titre original : High Noon
Pays : États-Unis
Réalisateur : Fred Zinnemann
Année de sortie : 1952
Genre : Western
Type : Long-métrage


Résumé

Le jour même de son mariage, et tandis qu’il s’apprête à mettre fin à ses fonctions de shérif, Will Kane (Gary Cooper) apprend que le bandit Frank Miller (Ian MacDonald) a été libéré de prison. Miller, qui avait jadis terrorisé la ville entière, nourrit une haine farouche contre Kane. Annoncé avec le train de midi, il prépare sa vengeance, à l’aide de trois complices. Will Kane préfère rester à son poste et affronter Miller plutôt que de fuir en compagnie de sa jeune épouse (Grace Kelly). Mais les volontaires pour se battre contre les bandits manquent à l’appel…

L’avis de Ciné’xagone ()

On ne retrouvera pas dans ce western atypique les codes du genre. Pour cause : Le Train Sifflera Trois Fois a tout autre chose à offrir que les longues chevauchées, le duel de gâchettes et un étalage de bravoure. Fred Zinnemann met en scène un héros ordinaire pour qui les principes humanitaires l’emportent sur la sécurité et le bonheur personnel. Les quatre-vingt minutes du film sont aussi, approximativement, celles qui séparent le shérif Kane du rendez-vous mortel avec les quatre bandits que la population entière craint sans oser les réduire au silence. L’apparition régulière à l’image des pendules tient lieu, pour le spectateur, de compte à rebours angoissant : l’heure fatale approche et Kane est toujours seul. La vaine campagne de recrutement à laquelle il s’astreint révèle la lâcheté et l’hypocrisie d’une population qui préfère vivre dans la soumission aux bandits plutôt que de prendre le risque de se débarrasser de ses ennemis.

Le charisme hors du commun de Gary Cooper apporte au film sa charpente et son équilibre. Par ailleurs, le peu d’action ne nuit pas à son rythme, le scénario épargnant toute scène superflue. Les échanges entre les personnages – la moindre réplique – nourrissent le dilemme philosophique qui hante le héros (en proie au doute, il lui prend aussi l’envie de fuir), ses adjoints défaillants et plus généralement les hommes de la ville. Cette règle vaut aussi bien pour les face-à-face que pour la scène « d’agora » à l’intérieur de l’église, laquelle illustre, métaphoriquement, l’impasse possible à laquelle peut conduire la prise de décision démocratique. L’union ne fait pas toujours la force, elle peut au contraire couvrir l’inaction. À travers les brèves conversations affleure en outre le passé des habitants de la ville, leurs vieilles rancœurs et la primauté de leurs intérêts privés. Le scénariste Carl Foreman travaille habillement la psychologie des personnages secondaires (notamment Helen Ramirez, l’ancienne maîtresse de Kane, le shérif adjoint Harvey et la jeune épouse) ; il leur apporte une profondeur inespérée dans une œuvre aussi courte et essentiellement centré sur la mission du shérif.

Le Train Sifflera Trois Fois est remarquable enfin par son parti pris formel. Loin des grands panoramas de Monument Valley, il concentre l’action sur un village morne, représenté à travers une photographie noir et blanc qui en renforce davantage l’anonymat et l’isolement. Très présente dans la bande-son, la ballade mélancolique interprétée par Tex Ritter parachève le tableau et donne le ton. Près de soixante-dix ans après sa réalisation, cette œuvre intelligente sur la solitude, la morale, la dignité et – osons le mot – la civilisation n’a rien perdu de sa beauté.

R.V.H.

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