‘La Mort aux trousses’

Titre original : North by Northwest
Pays : États-Unis
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Année de sortie : 1959
Genre : Espionnage
Type : Long-métrage


Résumé

Alors qu’il vient de retrouver ses amis au Plaza Hotel de New York, Roger Thornhill (Cary Grant), un publicitaire sans histoire, est victime d’une erreur sur la personne. Des individus l’enlèvent, persuadés qu’il est un espion répondant au nom de « George Kaplan ». Buttés par le refus de Thornhill de répondre à leurs questions, ses kidnappeurs l’enivrent et tentent de l’éliminer. Il en réchappe mais ne parvient pas à prouver à la police la mésaventure dont il a été victime. Il tente alors d’établir un contact avec le véritable George Kaplan mais, ce faisant, aggrave son cas. Recherché par la justice fédérale et traqué par ses anciens ravisseurs, que commande un certain Vandamm (James Mason), Thornhill fuit clandestinement à travers l’Amérique sur les traces de Kaplan. Dans le train pour Chicago, il fait la rencontre de la belle Eva Kendall (Eva Marie Saint) qui le séduit et lui vient en aide…

L’avis de Ciné’xagone ()

Quatre ans avant le premier opus de la série James Bond, La Mort aux trousses donne le la du grand film d’espionnage de la seconde moitié du XXe siècle. Alfred Hitchcock y marie ce que seront les ingrédients incontournables du genre (héros sympathique et viril, méchants charismatiques, séquences d’action paroxystiques, jeune femme séductrice au rôle ambivalent, protagonistes en itinérance permanente, arrière-fond politique) avec les marqueurs de son propre cinéma (le quidam accusé à tort, la force dévastatrice de la pulsion amoureuse, la peur de la police). De prime abord moins accessible que les productions contemporaines de pur suspense réalisées par Hitchcock, ce film se classe définitivement parmi ses meilleures réussites. Cary Grant y trouve le rôle le plus emblématique de sa riche carrière mais c’est toute la distribution qui mérite des éloges : d’Eva Marie Saint (qui sait se montrer provocatrice et imperméable, comme l’exige son personnage) à James Mason (dont la haute stature contrebalance très bien celle du héros incarné par Grant) en passant par Martin Landau et Adam Williams (complices de Vandamm, avec les « gueules » de l’emploi) et par Leo G. Caroll (discret et convaincant dans le rôle d’une autorité du FBI qui tire les ficelles).

Hitchcock traverse alors la phase la plus créative de sa carrière, entouré d’une dreamteam capable de lui fournir les éléments techniques optimums : Ernest Lehman signe un scénario dépourvu d’expédients comme de complexité excessive, Bernard Herrmann compose une bande-originale grandiloquente et mémorable, le génial Saul Bass est une nouvelle fois en charge du générique et Robert Burks, le directeur de la photographie fétiche du réalisateur depuis L’Inconnu du Nord-Express, répond présent. Dans ces conditions de travail parfaites, Hitchcock met en scène les déboires et la traque de Roger Thornhill avec toute l’efficacité qu’exige ce type de récit à la fois plus rythmé et moins abstrait que ne l’était Sueurs froide, son précédent film. Malgré l’incongruité de l’idée à la base du scénario (un simple malentendu), le canevas suit une logique imparable, limpide. Hitchcock évite de s’égarer dans des sous-intrigues ou des détails insignifiants, puisque l’histoire d’amour elle-même reste étroitement liée à l’action principale. Les seules fioritures qu’il s’autorise sont d’ordre comique, qu’il s’agisse de l’humour caustique de Thornhill à l’heure de son enlèvement, du ridicule rasoir de voyage de Miss Kendall ou de la profusion de sous-entendus sexuels que laisse échapper cette dernière dans ses conversations (le jeu évident d’Hitchcock avec la censure hollywoodienne est ici délectable)…

La grande qualité d’ensemble de La Mort aux trousses n’en ferait pas un chef-d’œuvre mondial sans deux grands moments restés gravés dans les mémoires cinéphiliques. D’abord, le rendez-vous dans le champ de maïs – la célèbre séquence dans laquelle Cary Grant est poursuivi par un avion – qui, avec son cadre atypique (une plaine déserte baignée de soleil) et les seuls bruitages naturels (moteur de l’avion) en font l’une des tentatives d’assassinat les plus originales de l’histoire du cinéma. Enfin, bien sûr, l’apothéose « monumentale » sur le Mont Rushmore, en pleine nuit, est terrifiante par le vertige qu’elle inspire et l’omniprésence du danger mortel, mais apparaît admirable par le défi qu’elle représente en termes d’effets spéciaux (technique du matte painting). Du très grand art.

R.V.H.

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