‘Le Juge et l’Assassin’

Titre original : Le Juge et l’Assassin
Pays : France
Réalisateur : Bertrand Tavernier
Année de sortie : 1976
Genre : Drame policier
Type : Long-métrage


Résumé

Éconduit par Louise, la femme qu’il aime, un sergent réformé du nom de Joseph Bouvier (Michel Galabru) vagabonde à travers la France à partir d’avril 1893. Sur son chemin, il viole et assassine de jeunes bergers. Rousseau (Philippe Noiret), un juge ardéchois, s’intéresse de près à tous ces crimes. Lorsque Bouvier est arrêté, pris en flagrant délit d’agression d’une jeune femme, Rousseau sait qu’il tient le coupable qu’il recherchait depuis longtemps. Mais qui est vraiment Bouvier : un fou authentique, un mystique, un anarchiste ?

L’avis de Ciné’xagone ()

À partir d’un fait-divers sordide – l’affaire Joseph Vacher, qui défraya la chronique dans la dernière décennie du XIXe siècle – Bertrand Tavernier réalise un film d’une noirceur pénétrante. À contre-emploi de ses rôles cinématographiques majoritairement comiques, Michel Galabru signe une composition éblouissante. Il donne à son personnage monstrueux le ton théâtral et pathétique qui en fait ce rebus de la société, cet illuminé rendu fou par l’amour déçu et la blessure à la tête qu’il s’infligea. Philippe Noiret, en magistrat d’instruction pétri de contradictions, lui oppose la face ambivalente de la justice, dissimulatrice d’arrière-pensées politiques et d’empathie pour l’assassin.

La force des caractères et l’intensité du drame qui se noue auraient pu suffire à produire une œuvre poignante. Mais Le Juge et l’Assassin devient un grand film par l’ambition qu’il poursuit de raconter une époque plus que de reconstituer une vieille affaire criminelle. Le contexte politico-religieux est omniprésent de la scène d’ouverture jusqu’aux plans finaux, par lesquels Tavernier fait un parallèle entre le nombre de victimes de Bouvier/Vacher et les deux mille enfants morts au travail, au plus fort de la révolution industrielle. Dans cette France encore rurale, la République s’est installée malgré les attaques virulentes que lui portent l’Église et, d’autre part, la lutte des classes qui s’intensifie. Les pertes de repères et la confusion des valeurs règnent. L’affaire Dreyfus éclate et le pays connait une vague d’attentats anarchistes. Joseph Bouvier, imprégné de valeurs chrétiennes quoique profondément anticlérical (« Je suis l’anarchiste de Dieu ! ») cherche à sauver sa tête en assénant des accusations contre les médecins, les puissants, la bourgeoisie. Le juge Rousseau, conservateur modéré (par contraste avec son ami Villedieu, le procureur réactionnaire désabusé joué par Jean-Claude Brialy) entend incarner l’autorité et la morale sans parvenir à ordonner sa propre vie… Rousseau, obsédé surtout par sa carrière, entretient une union libre avec une ancienne ouvrière (Isabelle Huppert) et en vient à la prendre de force. À chaque instant, Bertrand Tavernier instrumentalise savamment les sentiments de malaise. Ces sentiments proviennent tout à la fois de l’horreur des crimes de Bouvier et des tensions haineuses qui traversent la société française. Ils se trouvent placés en concurrence, amalgamés, conjugués jusqu’à bousculer le public, interroger ses certitudes et le placer au niveau des protagonistes.

Film riche, Le Juge et l’Assassin est aussi un beau film. La musique de Philippe Sarde et les chansons de Jean-Roger Caussimon accompagnent les prises de vue pittoresques des reliefs ardéchois et les superbes « tableaux » qui saisissent l’atmosphère des années 1890. Appartements bourgeois ou logis modestes, prisons insalubres ou hospices sinistres, Tavernier filme la vie quotidienne en cinéaste méticuleux, à mi-chemin entre le peintre et l’historien.

R.V.H.

 

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