‘Les Aventures de Rabbi Jacob’

Titre original : Les Aventures de Rabbi Jacob
Pays : France, Italie
Réalisateur : Gérard Oury
Année de sortie : 1973
Genre : Comédie
Type : Long-métrage


Résumé

L’industriel Victor Pivert (Louis de Funès) est victime d’un accident de voiture près de Paris. Après avoir renvoyé son chauffeur Salomon (Henri Guybet), dont il venait d’apprendre avec stupeur qu’il était juif, il part seul chercher de l’aide. Pivert se retrouve alors malgré lui témoin du kidnapping du révolutionnaire maghrébin Mohammed Larbi Slimane (Claude Giraud) par des membres de la police secrète de son pays. Slimane parvient à s’évader, emmenant Pivert dans sa fuite. Pour échapper à leurs poursuivants, ils se déguisent en rabbins. Mais leur accoutrement entraîne un quiproquo…

L’avis de Ciné’xagone ()

Dans ce quatrième et dernier film tourné sous la direction de Gérard Oury, Louis de Funès monopolise l’affiche et s’offre le rôle le plus significatif de sa carrière. Son personnage, un condensé de préjugés bourgeois (y compris racistes), de nervosité et de ridicule opère une transfiguration par la force des événements. Il faut le voir pester contre des automobilistes étrangers, mettre en déroute des malfaiteurs dans une usine de chewing-gum (scène culte !), effectuer une danse traditionnelle juive (scène cultissime !) et bénir, en rabbin imposteur, le jeune David dans la synagogue de la rue des Rosiers. Muni de sa panoplie de grimaces et d’une énergie intarissable, De Funès frôle la ligne rouge mais ne la franchit pas. Le contraste entre le Fufu bien dirigé et celui qui s’égare dans des productions bâclées n’en est que plus saisissant.

Sans atteindre la beauté visuelle de La Folie des Grandeurs, film en costumes plus coûteux, Rabbi Jacob bénéficie d’une mise en scène travaillée, d’un script méticuleux et d’un scénario qui conserve sa cohérence en dépit de la multiplication des embrouilles. L’enlèvement de Slimane en plein Paris par la police secrète trouve dans l’affaire Ben Barka (1965) un arrière-fond historique qui contribue à politiser une œuvre d’apparence légère et sortie sur les écran, ironie du sort, en pleine Guerre du Kippour… Enfin, le compositeur Vladimir Cosma, par le mixage des sonorités synthétiques de l’époque et des accents de musique traditionnelle juive, délivre une bande-originale passée à la postérité et qui contribue significativement à l’identité du film.

Malgré l’absence d’un acteur de premier plan pour accompagner le comédien vedette, la distribution ne souffre d’aucun manque. Claude Giraud, fort de son charisme, donne toute sa crédibilité à l’opposant politique Slimane. Henri Guibet et Suzy Delair (Madame Pivert), pimpante, impriment leur marque. Seul peut-être Claude Piéplu, dans le rôle du commissaire de police, peine à trouver le ton… Avec sa succession de gags ininterrompue, ses courses-poursuites trépidantes et son message de tolérance en filigrane – mais sans sentimentalisme – Rabbi Jacob est au long-métrage comique ce que Le Samouraï de Melville est au film noir en France : une référence et une source d’inspiration continue. Le succès populaire de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui s’y réfère explicitement, l’a encore démontré en 2014.

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