‘Que la fête commence…’

Titre original : Que la fête commence…
Pays : France
Réalisateur : Bertrand Tavernier
Année de sortie : 1975
Genre : Comédie dramatique
Type : Long-métrage


Résumé

Chargé de la régence du jeune Louis XV, Philippe d’Orléans (Philippe Noiret) mène une vie de débauche mais n’en oublie pas la politique. Tandis que des troubles insurrectionnels secouent la Bretagne sous l’impulsion du marquis de Pontcallec (Jean-Pierre Marielle), les décisions du Régent sont prises sous l’influence maléfique du très opportuniste abbé Dubois (Jean Rochefort). Dans le pays, la colère gronde.

L’avis de Ciné’xagone ()

Il y a, chez le Bertrand Tavernier des débuts, un sens profond de l’esthétique et une façon de filmer l’Histoire. Dire de ce film qu’il propose un « tableau » de la Régence relèverait aussi bien du poncif que de l’inexactitude. Que la fête commence est bien plus qu’une peinture : une représentation formidablement vivante, nerveuse, sensorielle même, d’une époque troublée, assurément décadente. La recherche d’une certaine authenticité va jusqu’à emprunter les partitions écrites par le Régent lui-même pour constituer la bande-originale, mais Tavernier assume par ailleurs le sacrilège à l’exactitude historique (anachronismes, adaptation libre d’événements réels).

Sans négliger les performances de Jean-Pierre Marielle, énergique et fier Pontcallec, ni de Jean Rochefort dans son rôle de perfide ministre, Philippe Noiret impressionne. Il incarne un Philippe d’Orléans aussi vicieux qu’attendrissant, aussi sensible que désinvolte. Sa modernité et son goût de la réforme ne préservent celui-ci ni des clans factieux (les nobles bretons tentent d’établir une république indépendante), ni de la violence politique (exécutions, déportations forcées pour peupler la Louisiane…). « Que la fête commence ! » s’exclame le Régent à l’entame d’une énième orgie. Lorsque brûle le carrosse accidenté du prince dans la dernière scène du film, l’injonction prend une toute autre signification. Tavernier voit dans l’exaspération du peuple miséreux contre la monarchie les prémices de la Révolution qui surviendra à la fin du même siècle.

À coup de répliques spirituelles franchement délectables, de dérision gaillarde (merci Marielle !) et d’un goût du stupre qui confine au raffinement dans les nombreuses scènes de bordel (Marina Vlady n’a-t-elle jamais été aussi belle ?) Bertrand Tavernier réussit l’improbable tour de force de rendre douce une époque odieuse. Et s’il est peut-être excessif de voir dans cette œuvre tragicomique un véritable pamphlet politique, le pouvoir et les hommes qui l’occupent s’y trouvent assurément renvoyés à leur bouffonnerie sordide.

R.V.H.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s