‘J’accuse’

Titre original : J’accuse
Pays : France, Italie
Réalisateur : Roman Polanski
Année de sortie : 2019
Genre : Biopic
Type : Long-métrage


Résumé

En 1894, peu de temps après la dégradation du capitaine Dreyfus (Louis Garrel) et sa condamnation à la déportation, le lieutenant-colonel Georges Picquart (Jean Dujardin) arrive à la tête du bureau en charge de l’analyse et du renseignement au ministère des Armées. En analysant des documents dérobés à un officier allemand, il découvre qu’un commandant du nom d’Esterhazy transmet des informations sur l’armée française. Picquart comprend que les lettres attribuées à Dreyfus ont en fait été rédigées par Esterhazy. Soucieux de faire établir l’innocence de Dreyfus, Picquart se heurte à l’hostilité de sa hiérarchie.

L’avis de Ciné’xagone ()

Au crépuscule d’une riche carrière, traversant les turbulences consécutives à de nouvelles accusations de viol et d’agression sexuelle, Roman Polanski présente J’accuse, le récit chronologique d’une toute autre affaire. De l’Affaire… On n’ose imaginer que le cinéaste franco-polonais s’identifie au capitaine juif, injustement condamné pour intelligence avec l’ennemi et déporté sur l’île du Diable. Difficile pourtant de ne pas deviner derrière la remise en cause tant de l’armée que du système judiciaire une allusion, même indirecte aux propres déboires pénaux du réalisateur… Mais en acceptant d’aller au-delà de la polémique, d’écarter toute forme de censure qui met en péril la liberté artistique sans rien améliorer du sort des victimes, J’accuse apparaît comme un bel hommage à celui qui dévoila au grand jour l’erreur judiciaire la plus retentissante de la fin du XIXe siècle. Polanski a fait le choix judicieux de centrer son sujet non sur Dreyfus – que Louis Garrel incarne avec le pathétique qui convient à ce personnage sans maîtrise aucune de son destin – mais sur le lieutenant-colonel Picquart.

Polanski allie à une mise en scène sobre un choix photographique surprenant, privilégiant la mise au point sur les sujets en premier plan en se privant délibérément de profondeur de champ. Une manière de mettre en exergue les protagonistes pour favoriser un « flou » poussiéreux, comme si les événements n’étaient pas vécus avec l’illusion de l’immédiat mais à travers le prisme du temps. Devant J’accuse, le spectateur regarde l’Histoire plus qu’il ne suit une histoire replacée dans un décor vieux d’un siècle.

La construction du récit est plus critiquable. Bien maîtrisés et passionnants, les deux premiers tiers du film du film montrent comment Picquart a découvert, pièce après pièce, l’innocence de Dreyfus. S’ensuit une ultime partie relatant les grandes étapes du procès mais que le rythme erratique, le découpage déroutant, privent de la force émotionnelle attendue. Là réside la principale faiblesse du film. Il pourrait aussi être reproché à Polanski d’avoir voulu sans finesse charger la barque de l’antisémitisme contextuel en proposant la scène de l’autodafé, prémonition évidente de la Nuit de Cristal, trop courte pour trouver réellement sa place dans le film, trop isolée pour ne pas paraître artificielle. L’intolérance profonde qui allait décider, à tort, de la culpabilité de Dreyfus était suffisamment perceptible dans les propos de la hiérarchie militaire pour que l’on comprenne que l’accusé l’était aussi – et peut-être avant tout – du fait de sa confession.

J’accuse doit beaucoup, last but not least, à la performance brillante de Jean Dujardin dans le rôle principal, performance qui explique à n’en point douter une partie du succès rencontré au box-office. Polanski a su tirer le meilleur d’un acteur dont on savait la capacité de s’aventurer sur le terrain du drame sans deviner qu’une telle gravité lui fût aisément accessible.

R.V.H.

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