‘Playtime’

Titre original : Playtime
Pays : France, Italie
Réalisateur : Jacques Tati
Année de sortie : 1967
Genre : Comédie
Type : Long-métrage


Résumé

Des touristes américains débarquent à Paris. Ils s’émerveillent des buildings ultra modernes, des dernières innovations proposées à l’occasion d’une grande exposition et des plaisirs que leur offre un restaurant clinquant, tout juste ouvert à la clientèle. Leur itinéraire touristique croise à plusieurs reprises le chemin du maladroit M. Hulot (Jacques Tati).

L’avis de Ciné’xagone ()

Lorsqu’il réalise son premier long-métrage Jour de fête, en 1949, Jacques Tati révèle déjà un sens aigu de l’observation et une force comique puisée dans les faits quotidiens, qui ne sont pas sans évoquer l’œuvre de Chaplin. Dix huit ans et seulement deux films plus tard, Tati signe avec Playtime une très belle satire du monde contemporain. L’univers urbain qui lui sert de décors – ce Paris où des immeubles semblables à ceux de toutes les capitales de la planète sont à la fois lieux de vie, sièges d’entreprises labyrinthiques et monuments pittoresques – n’est pas la projection de la ville du future. Il est le prolongement, la caricature, l’excroissance des réalisations architecturales de la deuxième moitié du XXe siècle.

Tati se livre, à travers Playtime, à la critique subtile et sans aigreur des villes-monde et de la société de consommation. La bétonisation de l’environnement avec sa prolifération de tours d’habitation et de bureaux relèguent au rang de lointains souvenirs l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel, le Sacré-Cœur ou le Pont Alexandre-III, masqués par la ville moderne et accidentellement reflétés dans les portes vitrées des espaces traversés par les touristes… L’uniformisation achève la désorientation : les aéroports ressemblent à des services administratifs, les services à des appartements, les appartements à des commerces. Tati perçoit déjà, bien avant la vidéo-surveillance et la télé-réalité, la réduction drastique de la sphère intime (bureaux sans plafonds, grandes baies vitrées…). Les badauds, à l’instar du célèbre personnage de M. Hulot, perdu dans cet univers clinique et superficiel, baignent dans la société des loisirs qui est aussi celle du toc. Aux objets inutiles présentés au public dans le hall des expositions font échos la médiocrité du circuit touristique de 24 heures proposé aux visiteurs américains et la pompe totalement artificielle du Royal Garden, ce restaurant mondain dont l’ouverture tourne à la catastrophe.

Très peu scénarisée, organisée en une demi-douzaine de saynètes de durée variable, l’œuvre tient sa force de la démesure des décors, d’une attention méticuleuse portée au détail qui générera le gag, de la recherche permanente d’effets sonores (Tati est un maître en la matière depuis Mon oncle, 1958) et surtout visuels. Playtime combine, avec grâce, la finesse comique de Tati et une maîtrise technique absolue qui a fait de ce cinéaste atypique un véritable avant-gardiste.

R.V.H.

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