‘Le Tigre et le Président’

Titre original : Le Tigre et le Président
Pays : Belgique, France
Réalisateur : Jean-Marc Peyrefitte
Année de sortie : 2022
Genre : Comédie historique
Type : Long-métrage


Résumé

Janvier 1920. La France tente de tourner définitivement la page de la Première Guerre mondiale. Artisan du traité de Versailles, Georges Clemenceau (André Dussollier) annonce sa candidature à l’élection présidentielle. Il doit affronter l’éloquent Paul Deschanel (Jacques Gamblin) qu’il méprise. Déstabilisé par l’enthousiasme suscité par le discours de Deschanel devant les parlementaires, Clemenceau se retire de la course. Deschanel est élu Président de la République. Il rêve de grands chantiers pour construire une société juste et heureuse. Mais, enfermé dans ses fonctions protocolaires, il doit laisser le gouvernement d’Alexandre Millerand (Christian Hecq) mener la politique du pays. Le président, surmené, sombre peu à peu dans la folie.

L’avis de Ciné’xagone ()

Les sept mois de la présidence de Paul Deschanel (février-septembre 1920) n’avaient guère inspiré à ce jour les cinéastes, en dépit des anecdotes incongrues et pas toujours authentiques à son sujet. La folie de Deschanel ainsi que l’antagonisme avec Georges Clemenceau, son rival malheureux lors de l’élection présidentielle du 17 janvier 1920, sont au cœur de ce premier long-métrage de Jean-Marc Peyrefitte. Pour les besoins de l’intrigue, Peyrefitte, également co-scénariste, a toutefois pris de larges libertés avec l’exactitude historique. Trop peut-être.

Le Tigre et le Président est mené tambour battant par Jacques Gamblin à qui le profil de Deschanel va comme un gant. L’acteur excelle dans le rôle de ce chef d’État élégant et lyrique, de l’enthousiasme qui accompagne son accession à l’Élysée jusqu’aux grandes étapes de son combat contre les troubles de la personnalité qui auront raison de son ambition. La transformation physique d’André Dussollier, grimé en Clemenceau est également bluffante. Mais, moins à l’aise dans les habits de l’homme de la Grande Guerre, il hérite de surcroît du mauvais rôle, le parti pris des auteurs en faveur de Deschanel étant patent. L’idéalisme exacerbé de Deschanel devient la cause première de son instabilité psychiatrique. Acharné, il finit par s’épuiser au fil des séquences d’écriture d’un discours révolutionnaire fondateur, lesquelles constituent une sorte de leitmotiv du film.

Si les contraintes de la charge et le peu de latitude laissée au président par les institutions de la IIIe République pour peser dans la vie politique déstabilisèrent effectivement Paul Deschanel, faire de celui-ci une icône du progressisme face à un gouvernement conservateur prompt à comploter contre lui – comme l’illustrent dans Le Tigre et les Président les manœuvres à la solde de Clemenceau du chafouin Alexandre Millerand, incarné par un Christian Hecq créatif – frôle le révisionnisme. En érigeant ce « président fou » comme précurseur dont les valeurs avant-gardistes trouveraient toujours un écho dans le siècle en cours (féminisme, amitié franco-allemande, pacifisme, protection sociale…), Jean-Marc Peyrefitte cède à la tentation de délivrer un message politique simpliste à son public quand le sujet méritait, d’un point de vue historique, un traitement beaucoup plus nuancé et mâture. Mais laissons scénaristes et acteurs jouir de l’essentiel, la liberté artistique, et sachons apprécier à sa juste valeur une histoire hautement divertissante, bien interprétée et techniquement très réussie. 

R.V.H.

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