‘Comment savoir’

Titre original : How do you know
Pays : États-Unis
Réalisateur : James L. Brook
Année de sortie : 2010
Genre : Comédie romantique
Type : Long-métrage


Résumé

Lisa (Reese Witherspoon) ne vivait que pour sa passion du sport et du softball, mais sa soudaine exclusion de son club la laisse complètement désemparée. C’est alors qu’elle fait la connaissance de Matty (Owen Wilson), un joueur de baseball professionnel, séducteur invétéré plutôt nombriliste. Pour George Madison (Paul Rudd), la période n’est pas joyeuse non plus. Cet homme d’affaires, qui entretient des relations compliquées avec son père Charles (Jack Nicholson), se retrouve injustement accusé de malversations financières, au point de risquer la prison. C’est le soir où George et Lisa vivent le pire moment de leurs vies respectives qu’ils se rencontrent. Alors que tout semble s’écrouler autour d’eux, ils vont découvrir que quelque chose de merveilleux peut quand même arriver…

L’avis de Ciné’xagone ()

Il existe deux façons de regarder une comédie romantique à l’américaine… Ou bien l’on aime s’installer devant pour se détendre, appréciant de savoir que l’on ne sera pas surpris et que l’histoire regorgera de gags et de bons sentiments. Ou bien l’on aime à regarder au-delà, analyser chaque dialogue, chaque phrase, y trouver un sens profond et une réflexion sur les sentiments qui lient un être humain à un autre. Que les premiers passent leur chemin. Les seconds, quant à eux, devront trouver en eux la force de supporter un film trop long d’une demi-heure et un scénario mal ficelé.

Comment savoir n’est pas une comédie romantique à l’américaine classique, certes. Mais même après la première demi-heure et passé le stade où l’on a compris cela, on s’ennuie ferme. On pourrait s’attacher à Lisa Jorgenson (Reese Witherspoon), dont la vie est bouleversée par la perte de sa place dans l’équipe nationale de softball. On pourrait s’attacher aussi à George (Paul Rudd), dont le monde s’écroule autour de lui après une affaire de fraude où il tient le rôle de bouc-émissaire. Mais l’histoire se fixe sur des détails secondaires et incompréhensibles. Les potentiels rebonds à l’intrigue retombent tout de suite à plat. On sait que quelque chose cloche quand la « comédie » ne fait pas même esquisser un sourire.

James L. Brooke semble avoir voulu surprendre le spectateur et l’emmener là où il ne pensait pas aller. D’accord. Mais ici, c’est poussif, on ne saisit pas les réactions des personnages. Dans certains dialogues, on a la sensation que les personnages ne se répondent pas et que l’on assiste à deux monologues introspectifs qui se chevauchent. Tout ça pour ne pas assumer la « surprise » jusqu’au bout et amener sur la fin que l’on attendait… Côté acteurs, Paul Rudd et Jack Nicholson, pourtant des valeurs sûres, sont sans panache – on en vient même à se demander si le second sait vraiment ce qu’il fait là. Étonnamment, c’est Owen Wilson, dans le rôle de Matty, qui se distingue dans son personnage qui, pour le coup, nuance avec justesse le cliché du riche et célèbre Casanova.

Orane Daffix

‘De Gaulle’

Titre original : De Gaulle
Pays : France
Réalisateur : Gabriel Le Bomin
Année de sortie : 2020
Genre : Drame historique
Type : Long-métrage


Résumé

En mai 1940, le colonel Charles de Gaulle (Lambert Wilson) est promu général de brigade à la suite de la contre-offensive de Montcornet. Sur proposition du président du conseil Paul Reynaud (Olivier Gourmet), il entre au gouvernement avec l’espoir d’imposer la poursuite de la guerre malgré l’avancée des troupes allemandes. Le 17 juin, constatant que le maréchal Pétain, partisan de l’arrêt immédiat des combats, a contraint Reynaud à la démission, il gagne Londres sans son épouse Yvonne (Isabelle Carré) ni leurs enfants pour lancer un appel radiophonique à la résistance.

L’avis de Ciné’xagone ()

Rompu aux documentaires politiques, Gabriel Le Bomin évoque l’homme derrière le général du 18 juin, le militaire droit dans ses bottes prêt au sacrifice de soi pour accomplir l’acte fondateur qui sauvera le pays de l’humiliation. Difficile pourtant de qualifier ce film de « biographique », tant la période qu’il parcourt est brève (mai-juin 1940). Avec De Gaulle, Le Bomin pointe sa caméra sur la vie de Charles et Yvonne alors que leur destin familial s’apprête à basculer. Lambert Wilson et Isabelle Carré se seraient-ils sentis écrasés par la grandeur de leurs modèles pour livrer un jeu aussi empesé ? À bien y regarder, les acteurs, premiers comme seconds rôles, semblent moins à blâmer que le metteur en scène lui-même. Wilson, quoiqu’il ait adopté avec réussite la gestuelle guindée de son personnage, s’exprime comme s’expriment tous les comédiens réunis dans ce film : avec une absence sidérante de naturel qui reflète moins l’époque et le contexte historique que les préjugés qu’ils attisent. En faisant parler les époux de Gaulle comme leurs caricatures, Le Bomin manque en bonne partie son effet, ôtant aux scènes plus intimes (baisers, caresses, attention donnée à Anne, leur fille handicapée …) ce qu’elles pouvaient receler d’authentique, étouffant du même coup la diffusion des émotions.  

Le scénario, pour sa part, pêche par manque d’ambition, en se cantonnant à retracer le quotidien de De Gaulle dans les semaines qui précèdent le célèbre appel à la Résistance sur les ondes de la BBC. On rêverait qu’il donne lieu à une fresque retraçant l’action du chef de la France Libre tout au long de la guerre. La grande reconstitution historique annoncée, en définitive dépourvue d’originalité, se révèle bien trop inconsistante. En revanche, il n’y a pas grand-chose à reprocher, esthétiquement, à cette œuvre bien filmée, dont les décors et costumes ont été conçus avec beaucoup de soin. La déception n’en est que plus vive…

Pas déplaisant pour autant, le visionnage de ce De Gaulle laisse donc le spectateur sur une impression mitigée. Le professionnalisme d’une équipe et la richesse du sujet ne suffisent pas à accoucher d’un chef-d’œuvre lorsqu’il manque l’essentiel : l’inspiration.

R.V.H.

‘Le Mans 66’

Titre original : Ford v. Ferrari
Pays : États-Unis
Réalisateur : James Mangold
Année de sortie : 2020
Genre : Drame
Type : Long-métrage


Résumé

1964. En quête d’une nouvelle image de marque susceptible de relancer les ventes, le constructeur automobile Ford envisage de participer aux 24 heures du Mans pour défier Ferrari. L’état-major de la firme fait appel à l’ancien pilote Caroll Shelby (Matt Damon), vainqueur de l’épreuve en 1959 et reconverti dans la préparation de voitures sportives. Shelby accepte le défi de mettre au point la nouvelle Ford GT40, avec l’aide de son ami garagiste et pilote Ken Miles (Christian Bale). Mais Shelby se heurte au refus de Ford d’engager Miles pour courir dans le championnat d’endurance.

L’avis de Ciné’xagone ()

L’intention manifeste de James Mangold était de rendre un digne hommage au pilote Ken Miles, vainqueur moral des 24 heures du Mans 1966, tout en érigeant en combat épique pour le prestige d’un titre au Mans la rivalité sportive entre Ford et Ferrari. Attaché à cette lecture d’une anecdote historique, Mangold développe une narration simplificatrice des événements originaux, certes bénéfique à l’intrigue mais préjudiciable à la reconstitution factuelle. Le réalisateur, en quête d’émotion et de spectacle, n’aboutit qu’à un film en demi-teinte sur le sport automobile, loin de l’esthétique de Grand Prix (John Frankenheimer, 1966) et Le Mans (Lee H. Katzin, 1971) qui lui servirent pourtant de modèles tant il s’en réclama. Le recours aux cadrages pivotants au ras de la piste (déjà largement usités dans le Rush de Ron Howard) et la mise en scène immodérée des collisions spectaculaires, censés placer le spectateur au cœur de l’action, contribuent plutôt à éloigner de la réalité de la compétition.

L’amateur d’endurance restera certainement sur sa faim, mais le grand public pourrait apprécier, comme une introduction à l’univers de la course, cette aventure qui combine plutôt bien le récit d’une amitié chahutée par les considérations professionnelles avec d’autres enjeux connexes : l’opposition entre le talent pur et les nécessités du marketing, la complémentarité entre le perfectionnement mécanique et la maîtrise du pilotage ainsi que la dimension patriotique de l’opposition Ford/Ferrari.  En dépit de ses excès – la reconstitution exagérément dramatique des 24 heures 1966, filmée comme une séquence de guerre, en pâtit – Le Mans 66 prend le public aux tripes. Les remarquables prestations de Matt Damon, de Christian Bale et de Caitriona Balfe, dans le rôle de Mollie Miles, donnent du corps à ce film, relativement long mais dépourvu de temps mort.

R.V.H.

‘Dune’

Titre original : Dune
Pays : États-Unis, Mexique
Réalisateur : David Lynch
Année de sortie : 1984
Genre : Science-fiction
Type : Long-métrage


Résumé

En l’an 10191, l’empereur de tout l’Univers confie à la maison Atréides un mandat pour administrer la planète Arrakis, mieux connue sous le nom de Dune. De son vaste désert de sable est extrait l’épice, la plus précieuse des substances. Le duc Leto Atréides (Jürgen Prochnow) débarque sur Arrakis avec ses lieutenants, sa compagne Jessica (Francesca Annis) et leur fils Paul (Kyle MacLachlan). Mais leur palais est saboté par les anciens occupants des lieux, les Harkonnen. Désireux de s’attirer les bonnes grâces de l’empereur, ces derniers entendent combattre les Atréides par tous moyens pour faire échouer leur mission sur Dune.

L’avis de Ciné’xagone ()

Ratage ou chef d’œuvre ? David Lynch n’a jamais assumé son adaptation du premier livre de la saga Dune de Frank Herbert, victime des desiderata du studio. Le déroulé précipité du récit traduit en effet le charcutage du film au montage, alors que la transposition à l’écran de l’univers d’Herbert nécessitait un temps de narration, d’imprégnation du spectateur, de découverte du fonctionnement d’Arrakis et de sa géopolitique nettement plus important.

L’engouement ressenti par le public de l’époque pour la science-fiction – le dernier volet de la première trilogie Star Wars est sorti en 1983 – élevait plus encore le défi imposé à Lynch, remplaçant au pied-levé Ridley Scott. Avec toute l’inspiration qu’on lui connaît, le réalisateur américain a su donner une dimension spectaculaire aux personnages et aux décors de l’œuvre littéraire en en respectant l’esprit. Il est dommage cependant que Lynch ait quelque peu forcé le trait pour faire des brutaux Harkonnen une caricature de méchants, pestilentiels, sans âme et grotesques. Les Fremen, le peuple indigène des dunes, auraient mérité quant à eux davantage d’égard tant leur culture complexe fait le sel de la saga littéraire.  

Il manque assurément à ce film réévalué avec le temps davantage de travail sur la psychologie des personnages et sur l’environnement général de l’action. Mais ses nombreuses séquences d’anthologie, en dépit d’effets spéciaux aujourd’hui vieillis, en ont fait un objet de culte. Il fallait tout le génie de Lynch pour mettre au point l’attaque et la chevauchée du ver, le combat dans le désert ou l’assaut final sur le palais… Le Dune de 1984 reste un étalon du genre que le canadien Denis Villeneuve, auteur d’une nouvelle adaptation du roman d’Herbert trente-cinq ans plus tard, ne pouvait ignorer.

R.V.H.

‘Comme un cheveu sur la soupe’

Titre original : Comme un cheveu sur la soupe
Pays : France
Réalisateur : Maurice Regamey
Année de sortie : 1957
Genre : Comédie
Type : Long-métrage


Résumé

Compositeur sans succès et malheureux en amour, Pierre Cousin (Louis de Funès) cherche par tous les moyens à mettre fin à ses jours. Il va jusqu’à provoquer des mafieux et conclure un contrat avec un prétendu tueur à gages, Monsieur Amédée (Jacques Jouanneau) pour disparaître de la surface de la terre… Mais une rencontre hasardeuse avec Caroline (Noëlle Adam), une jeune chanteuse au désespoir qu’il a sauvée de la noyade, bouleverse sa vie. Pierre et Caroline, poussés par des journalistes et un éditeur de musique, font équipe pour trouver un public.

L’avis de Ciné’xagone ()

Après douze années passées à enchaîner les figurations et les secondes rôles, Louis de Funès se voit offrir par Maurice Regamey la tête d’affiche de Comme un cheveu sur la soupe. De Funès fait équipe avec la débutante Noëlle Adam dont la carrière ne décollera jamais vraiment. En lorgnant du côté du muet – les premières séquences autour des tentatives de suicide de Pierre Cousin sont à ce titre très réussies – et en préfigurant les grands vaudevilles qui feront le succès de son acteur principal, cette comédie retient favorablement l’attention.

Regamey a fait le choix de la simplicité et, l’air de rien, son histoire avance comme sur des rails, ponctuée par les chansons désuètes de Georges Van Parys. Comme un cheveu sur la soupe vaut aussi pour la qualité des interprétations ; celle de De Funès qui y affûte son style, celle des seconds couteaux également. Jacques Jouanneau excelle dans son rôle de comptable roublard mais un peu gauche et Nadine Tailler (de Rothschild) dans celui d’une entraîneuse primesautière. Et si Noëlle Adam est plus à la peine, sa fraîcheur juvénile sied tant bien que mal à la personnalité de la jeune chanteuse Caroline.

Un bon divertissement, vieilli à point !

R.V.H.