‘À Mort l’Arbitre’

Titre original : À Mort l’Arbitre
Pays : France
Réalisateur : Jean-Pierre Mocky
Année de sortie : 1984
Genre : Drame
Type : Long-métrage


Résumé

Lors d’une rencontre de football décisive, l’arbitre Maurice Bruno (Eddy Mitchell) accorde un penalty entraînant la défaite de l’équipe qui jouait à domicile. Emmenés par Rico (Michel Serrault) les supporters de celle-ci, littéralement enragés, poursuivent dans toute la ville l’homme qu’ils jugent responsable de leurs déboires sportifs. Ils parviennent à obtenir l’adresse de l’appartement de la fiancée de l’arbitre, Martine (Carole Laure), bien décidés à les frapper tous deux à mort.

L’avis de Ciné’xagone ()

Jean-Pierre Mocky tenait avec le roman d’Alfred Draper (The Death Penalty) un vrai sujet. Mais ce qui devait être l’illustration cinématographique de la folie meurtrière des hooligans débouche sur un film de piètre facture. S’il fut relativement épargné à l’époque (et aujourd’hui encore) par la critique, c’est à la fois grâce au réalisme de la haine partisane qui s’y exprime, grâce à la familiarité du contexte qui rend cette agressivité sans borne d’autant plus effrayante et grâce enfin à l’interprétation louable de Michel Serrault dans le rôle tout en beauferie du leader des supporters.

Le reste, au mieux, laisse mal à l’aise. Le scénario d’abord, particulièrement indigent, se limite à la chasse à l’homme dirigée contre l’arbitre, une fois donné le coup de sifflet final du match de la discorde (c’est-à-dire après douze minutes). Ensuite, faute d’un budget suffisant, Mocky n’a disposé que de petits moyens pour restituer l’atmosphère d’un grand événement sportif. Cela s’en ressent : loin de créer l’illusion d’une rencontre au sommet, la partie de football ressemble à un match amical dans le stade municipal insalubre d’une ville moyenne. La bande-originale aussi hétérogène que déconcertante d’Alain Chamfort (qui mêle partition d’orchestre de Rossini et musique électronique bas de gamme) s’ajoute à une mise en scène qui préfigure les sitcoms pour adolescents des années 1980-1990. La laideur des images suffit tout juste à rendre authentique la violence qui est le cœur-même de l’histoire narrée.

La séquence la plus convaincante du film est aussi la plus intense : la longue traque de Maurice et Martine au domicile de cette dernière. Mocky a eu la très bonne idée de choisir pour cadre la résidence Palacio de Noisy-le-Grand avec son architecture post-moderne, déshumanisante et vertigineuse à souhait. S’ensuit hélas l’improbable course-poursuite finale entre le bus de Rico et la voiture de l’arbitre, dans des souterrains en travaux que sillonnent les pelleteuses…

Avec son esthétique qui confine au film amateur, À mort l’arbitre favorise un sentiment de proximité du public avec les personnages et le danger qui suinte. Un peu de complaisance suffit pour rendre sympathique l’œuvre, d’autant plus qu’elle recèle la condamnation de la violence grégaire dans l’univers du sport, même caricaturé à outrance. De là à voir un bon ou un beau film, il y a un pas infranchissable.

R.V.H.

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